Discours de Monsieur le Maire Pascal Furnion à l’occasion de la commémoration du 19 mars 1962 avec la FNACA (association de 5 villages alentours) : Chabanière, St Jean de Toulas et Chaussan.

 

 

 

 

Bonjour et  bienvenue à Chaussan en ce dimanche matin 19 mars 2017.

Mr Le président de la FNACA des 5 villages, Mrs les anciens combattants d’Algérie,

Mr Le Député (excusé), Mme (excusée) et Mr les conseillers départementaux,

Mmes et Mrs les Maires et maires délégués de St Jean de Touslas et Chabanière, chers collègues, Mmes Mrs les adjoints et conseillers municipaux, chers enfants du Conseil Municipal Enfant, Mesdames et Messieurs qui êtes venu nombreux. 

 

Il y a 55 ans, c’était la fin de longues négociations, qui ont ouvert la voie à l’indépendance de l’Algérie lors des accords d’Evian le 18 mars 1962. Ce fut un soulagement pour chacun des 1 300 000 soldats français ayant combattu en Algérie depuis 1954. 30 000 de vos camarades sont décédés au cours de ce conflit (dont 3000 harkis). Pour l’histoire, le cessez le feu a été négocié dans la discrétion par 3 ministres français et une dizaine d’experts et le GPRA (gouvernement provisoire algérien) aux Rousses dans le Jura du 10 au 20 février 1962.

 

Cet acte ne marquait pas la fin définitive des violences - loin s'en faut -, mais il ouvrait la voie au processus qui allait conduire à la fin d'une guerre cruelle, moment décisif de l'histoire contemporaine.

Cette guerre a entraîné en Algérie la destruction de centaines de villages et le déplacement de deux millions de paysans. Elle a provoqué la mort de centaines de milliers d'Algériens (300 à 450 000 selon nos historiens), sans oublier les harkis 60 à 70 000 et la destruction durable des paysages urbains et ruraux. Après sept ans d'un combat cruel livré entre 1954 et 1962, l'Algérie a obtenu son indépendance, et la France a achevé son processus de décolonisation.

 

La séparation de l'Algérie et de la France a produit des volontés de connaissances et des oublis. C'est en 1999, avec le gouvernement dirigé par Lionel Jospin, que la guerre d'Algérie a enfin été reconnue, et nommée sur la scène culturelle et politique. C’est en 2006 que le président algérien a reconnu pour la première fois que leur guerre de libération nationale comportait des zones d’ombres. C’est en 2012 que la loi de reconnaissance du 19 mars a été votée.

 

Aujourd'hui, entre une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a place pour un regard lucide, responsable, sur notre passé colonial et un élan confiant vers l'avenir. Nous le devons à nos aînés pour que leurs mémoires soient enfin apaisées. Nous le devons à notre jeunesse, (bien présente aujourd’hui)  car le travail de la mémoire ne vaut que s'il est aussi une promesse d'avenir. Cela vaut pour la France et pour l'Algérie. Aucune avancée en la matière ne pourra être unilatérale.

 

Vous les anciens combattants d’Algérie ici présents, vous avez toute notre reconnaissance et notre gratitude pour avoir dû participer aux combats, envoyés par le gouvernement et le Président de l’époque….

 

Je pense également aux harkis, condamnés par l'Algérie et rejetés par la France, qui ont enduré un interminable calvaire, et ont été abandonnés dans des camps qui devaient être provisoires. La France leur doit le respect et la reconnaissance de son abandon.

 

Je pense aux familles rapatriées d'Algérie, déracinées, qui ont emporté avec elles une partie de leur vie et une mémoire douloureuse, encore vive aujourd'hui. Elles ont transmis à leurs enfants le souvenir de leur terre natale où ils ne sont pour beaucoup jamais retournés. Elles ont droit au respect de la Nation.

 

Je pense aux immigrés algériens qui vivent dans notre pays, qui partagent son histoire et qui ont vécu la tragédie du conflit jusque sur le sol français. Aux enfants de ces immigrés, qui se sont sentis exclus de la communauté nationale du fait des déchirures du passé, je dis qu'ils ont toute leur place dans l'histoire de notre pays.

Pour que cette période de l’histoire entre de manière apaisée dans notre passé, un travail de mémoire est nécessaire. Le président de la république (François HOLLANDE) pour dépasser les rancœurs, a participé pour la première fois à une commémoration du 19 mars en 2016. Il a même déclaré il y a un an : « le 19 mars 1962, ce n’était pas encore la paix mais le début de sortie de la guerre ».

 

Les jeunes générations, qui font déjà la France et l'Algérie de demain et n'ont aucune responsabilité dans l'affrontement d'hier, peuvent ainsi lire cette page avec méthode, loin du bruit et de la fureur longtemps entretenus par leurs aînés, acteurs de cette histoire.

 

Pour que l'avenir se construise ensemble. Nous avons tant de choses utiles et belles à faire dans une même perspective. Celle du respect, mais aussi celle du dépassement.

 

La cérémonie d’aujourd’hui, avec la présence des jeunes générations est utile pour nous faire comprendre qu’il faut à tout prix négocier plutôt que de partir dans le conflit. La cérémonie d’aujourd’hui nous permet de transmettre aux jeunes, aux enfants l’essentiel : un message de paix.

 

J’en profite, en cette année d’élection présidentielle, pour vous appeler à faire un choix de candidat qui appelle au respect de l’autre quel qu’il soit, au bien vivre ensemble en France, en Europe et dans le Monde.

 

Ce nouveau siècle sera ce que vous les jeunes en ferez, nous sommes là pour vous accompagner. Les associations d’anciens combattants d’Algérie/Tunisie/Maroc comme la FNACA participent à ce devoir de mémoire essentiel aux jeunes générations et je tiens à les saluer et remercier !

 

                                                                       Pascal Furnion, maire de Chaussan.

 

Le discours a été suivi d’un temps de recueillement devant le monument pour les veuves et orphelins dans le jardin de la mairie avec une pensée particulière à Jean CHEVALLIER-DREVON de Chaussan. De nos 5 villages, c’est la seule personne décédée au combat en 1959, durant cette guerre d’Algérie.

Les enfants du CME (Conseil Municipal Enfants) ont ensuite pris la parole pour lire un poème de leur choix avant la lecture du Manifeste par Jean LEPETIT et la Marseillaise.

Musique assurée par le groupe de Cœurs et Accords.

 

 

 

Le poème : 

 

 

 

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